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04 Jul

savoir et pouvoir

Publié par ben

Les élites au carrefour des chemins 
   

Sans ces élites, aucune société ne peut sortir de la dépendance, de l’instabilité, du sous-développement et des crises.


L’an 2008 est à  nos portes, le XXIe siècle avance à  grands pas et les pays arabes reculent, enlisés dans l’autoritarisme, d’un côté et l’extrémisme, de l’autre. Les élites scientifiques et intellectuelles sont les parents pauvres des systèmes. Dans ce contexte, les pays arabes, et certains de manière marquée, comme notre pays, connaissent, de plus, une hémorragie des élites. Leur marginalisation, compte tenu de la faiblesse des pratiques démocratiques, la perte des valeurs de respect des gens du savoir et l’insécurité sociale, mais aussi les stratégies de captation et de recrutement planifiées par les pays développés, constituent les causes principales de ce malheur que l’on appelle la fuite des cerveaux. Pourtant, sans ces élites aucune société ne peut sortir de la dépendance, de l’instabilité, du sous-développement et des crises. Les questions primordiales de la compétence et de la bonne gouvernance ne pourront pas être réglées sans la mobilisation des élites et leur valorisation. Paradoxalement, dans nombre de pays sous-développés, la démagogie, la médiocrité et l’incompétence règnent alors que le temps presse. Demain, les sociétés indépendantes, civilisées et influentes seront celles des gens du savoir au pouvoir. Nos pays, surtout l’Algérie, ont les moyens de devenir des pays émergents, pas seulement des périphéries et des pourvoyeurs de sources énergétiques et d’émigration choisie, fonctions auxquelles on veut nous réduire. 
Les élites, où sont-elles?
L’avenir dépend de chaque citoyen, mais plus encore de ceux qui ont pour tâche d’encadrer, d’éduquer, de guider, de produire des idées et des richesses. Un véritable plan Orsec, pour l’école et l’université et l’ensemble des acteurs liés à  la formation et au savoir-faire, attend d’être conçu et mis en place.
Les fuites en avant et les réformettes ont fini par clochardiser l’école et pousser les élites et les jeunes au désespoir, à  fuir ou à  s’abandonner à  la lassitude. Dans un monde de plus en plus ouvert à  la circulation rapide des seules compétences et des savoirs, la formation des élites scientifiques et la capacité de les retenir constituent des enjeux majeurs de la survie de nos nations. Car ceux qui sont partis, un million d’universitaires et de chercheurs arabes installés à  l’étranger, des dizaines de milliers uniquement pour les Algériens, peu reviendront. C’est une perte équivalente à  la dette extérieure des pays. Théoriquement celle-ci devrait être effacée rien que pour cela. Que faire?
Il s’agit de démocratiser, de rétablir l’échelle des valeurs, d’encourager et soutenir l’acte d’enseigner, de favoriser les gens du savoir, de la connaissance, de la recherche et de l’innovation, en termes de synergie, car les potentialités existent, mais elles sont livrées à  elles-mêmes, découragées, dispersées, voire réprimées. Aujourd’hui, dans le monde entier, plus que jamais, le moteur du développement économique, culturel et social, ce sont les élites. Chez nous, où sont-elles?
Le problème depuis 50 ans a trait à  cette question. Comment former des élites responsables et à  l’écoute de leur peuple? A entendre nombre d’entre les élites, les systèmes les ont tellement réprimées, marginalisées ou instrumentalisées qu’aujourd’hui les pays de la rive Sud, à  des degrés différents, sont en situation de recolonisablité, sous des formes insidieuses, selon l’expression de Malek Bennabi.
La mobilité des élites scientifiques au niveau mondial est envisagée en termes de «fuite des cerveaux», sans espoir de retour, au lieu de se traduire en chance pour le développement des pays d’origine. La suprématie occidentale dans le domaine de la formation et intéressement des élites est évidente. L’Occident, USA et UE, attire par tous les moyens, dans ses universités, centres de recherche et entreprises innovantes, des chercheurs des pays arabes. 70% des scientifiques arabes, qui partent pour se former au plus haut niveau de compétence universitaire, s’installent définitivement en rive Nord. Les pays étrangers profitent de cette manne exceptionnelle aux dépens des pays d’origine. Les centres de recherche, les universités, les établissements hospitalo-universitaires, les entreprises innovantes occidentales comptent de 5% à  20% de chercheurs originaires du Sud, notamment arabes. Les modalités concrètes d’incitation pour le maintien du lien, les formules de coopération, de partenariat temporaire et de mobilisation des élites expatriées au profit de leur pays d’origine sont mal connues. Un état des lieux des potentialités existantes, des réseaux de diasporas scientifiques, techniques et intellectuelles, la possibilité de leur apport au développement de leur pays, à  tout le moins à  partir des outils relevant des technologies de l’information et de la communication et de l’enseignement à  distance, doivent êtres envisagés
L’Algérie et les autres pays arabes doivent faire face à  ce défi de la démobilisation interne qui aboutit à  la fuite des cerveaux vers l’étranger. Car rester au pays sans être reconnu, sans avoir la possibilité de progresser et de produire des idées et des connaissances, c’est une perte majeure. Former des élites scientifiques suppose anticiper pour réduire ces états de fait, qui risquent de s’aggraver encore dans un environnement externe toujours plus internationalisé et attrayant et un contexte interne dévalorisant. Viser l’excellence et la formation des élites nécessite une politique prospective dans un pari renouvelé sur l’intelligence. Favoriser la coopération universitaire, tirer parti des expériences d’échanges bilatéraux ou multilatéraux, promouvoir le statut des enseignants-chercheurs, le brassage des cultures dans un esprit d’ouverture à  l’autre et de transfert des connaissances et du savoir-faire sont les enjeux de l’heure. La fonction des élites et des ressources humaines, non seulement conditionne le développement, mais aussi la préservation de la souveraineté, même relative, et l’influence et le rayonnement du pays dans le monde.
Les organismes de recherche algériens et maghrébins, pour ne citer que notre pays et région, les conseils scientifiques dans le même champ d’activités, les unités et laboratoires concernés ne se connaissant pas suffisamment, la notion de réseau et d’action concertée reste peu pratiquée. Les préoccupations de la société ne sont pas assez prises en compte. Pire, les programmes d’enseignement sont partiellement appliqués, les conditions de contrôle et de progression des étudiants peu respectées et les activités et débats scientifiques et culturels rares.
Le climat est celui de la survie, de la déperdition des énergies et le nivellement par le bas. Des expériences d’universités privées associant, s’il le faut, capitaux privés et publics, doivent êtres envisagées. L’émulation, la saine concurrence et les principes éthiques peuvent contribuer à  faire sortir nos universités de la léthargie. Nous devons absolument mettre l’accent sur au moins trois points: la valorisation des corps enseignants, en clarifiant leurs droits et devoirs, classement des programmes en les adaptant périodiquement et en assurant leur conformité internationale, et les outils pédagogiques, en multipliant les voies et moyens de l’accès aux productions récentes et aux débats d’idées, afin de répondre aux besoins qualitatifs des étudiants et de la société.
Le tout doit être soutenu sur le plan spécifique et logistique par un management moderne des moyens et sur le plan général et politique par un processus démocratique qui concerne toute la société. C’est à  ce prix que l’on pourra espérer retrouver et réinventer une société où il fait bon vivre, une université où il est heureux d’enseigner et d’étudier passionnément. Cela permettra à  la formation universitaire de favoriser l’élévation de la condition sociale et culturelle du plus grand nombre, de parvenir à  l’adéquation formation, emploi, de produire des idées et valeurs qui forgent un citoyen responsable, et de déboucher, pour les étudiants les plus dynamiques et les plus brillants, sur la recherche fondamentale et appliquée.
Dans ce sens, la politique de formation des élites scientifiques et intellectuelles doit s’intégrer dans un programme politique en vue d’accroître les ressources humaines, arme suprême des nations puissantes. Il s’agit de redonner confiance aux élites, d’attirer la jeunesse vers l’amour de la patrie et de la connaissance objective et le respect de la différence, le sens de la critique constructive, sur la base des sciences humaines et sociales, et vers les sciences et les techniques, sur la base du go»t à  l’innovation et de l’adaptation à  l’évolution des métiers. Et par là , lutter contre le désespoir, la «fuite des cerveaux» et la dépendance. Pour assurer le progrès et la souveraineté, une voie royale: priorité aux ressources humaines. Pour preuve, dans la plupart des pays développés, on constate un doublement des investissements tous les cinq ans dans ce domaine ces vingt dernières années.
 La communication est vitale.
Ainsi, sans formation des élites, il n’est pas de développement économique, culturel et social durable qui puisse être envisagé. Il est impératif que tous les acteurs politiques, scientifiques et économiques mènent une réflexion approfondie sur la question des ressources humaines et de l’excellence. Les entreprises algériennes privées et publiques, disposent d’un vivier de compétences qui est capable de donner encore plus, si des politiques de ressources humaines audacieuses sont mises en place. Aujourd’hui, il est clair que, sauf exception, nous en sommes loin. La qualité intrinsèque de nos cadres, de nos enseignants et chercheurs n’est pas en jeu, mais la politique de mobilisation, d’organisation et de promotion des secteurs de formation reste à  inventer.
Les élites dans le monde moderne sont multiples, élite politique, élite scientifique, élite économique, élite intellectuelle, élite religieuse, élite militaire, élite sociale, élite médiatique…Chacune correspondant à  des savoirs et pouvoirs. Une société est puissante si elle dispose de ces élites en nombre suffisant, et elle fonctionne harmonieusement et de manière vigilante si les canaux de communication qui sont vitaux, entre chacune d’elles et avec les citoyens, sont permanents, effectifs et opérationnels. Elite ne signifie pas élitisme, arrogance et confiscation, mais compétence et interaction au service d’objectifs débattus et adoptés par les concernés, en phase et au service de toute la société.
La jeunesse arabe et les élites, notamment au Maghreb et en Algérie, sont capables de relever les défis et de bâtir l’avenir. Ce qu’elles refusent c’est le mépris, le paternalisme étroit et la marginalisation. Les jeunes ont un esprit de conquête, une exigence de dépassement, une culture de l’innovation et de communication que les anciennes générations n’ont plus. Il est permis d’espérer, avant qu’il ne soit trop tard.
 

(*) Spécialiste en relations internationales

Mustapha CHERIF 

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